La Trahison des images (1928–1929) est un tableaux de René Magritte. Il représente une pipe, accompagnée de la légende suivante : «Ceci n’est pas une pipe.»

Image de l’image : ce n’est toujours pas une pipe et ce n’est plus un Magritte.

Image of the Image : It’s still not a pipe and it’s no longer a Magritte.

Michel Foucault Ceci n’est pas une pipe, Fata Morgana, 1973

Extrait :

«rien de tout cela n’est une pipe ; mais un texte qui simule un texte; un dessin d’une pipe qui simule un dessin d’une pipe ; une pipe (dessinée comme n’étant pas un dessin) qui est le simulacre d’une pipe (dessinée à la manière d’une pipe qui ne serait pas elle-même un dessin)». Sept discours dans un seul énoncé. Mais il n’en fallait pas moins pour abattre la forteresse ou la similitude était prisonnière de l’assertion de ressemblance.

Lettre de René Magritte à Michel Foucault, 23 mai 1966

Extrait :

Il n’appartient qu’à la pensée d’être ressemblante. Elle ressemble en étant ce qu’elle voit, entend ou connaît, elle devient ce que le monde lui offre.

Elle est invisible tout autant que le plaisir ou la peine. Mais la peinture fait intervenir une difficulté : il y a la pensée qui voit et qui peut être décrite visiblement. «Les Suivantes» sont l’image visible de la pensée invisible de Vélasquez. L’invisible serait donc visible parfois? À condition que la pensée soit constituée exclusivement de figures visibles.

À ce sujet, il est évident qu’une image peinte — qui est intangible par sa nature — ne cache rien, alors que le visible tangible cache immanquablement un autre visible — si nous en croyons notre expérience.

Il y a depuis quelques temps, une curieuse primauté accordée à «l’invisible» du fait d’une littérature confuse, dont l’intérêt disparaît si l’on retient que le visible peut être caché, mais que ce qui est invisible ne cache rien : il peut être connu ou ignoré, sans plus. Il n’y a pas lieu d’accorder à l’invisible plus d’importance qu’au visible, ni l’inverse.

Ce qui ne «manque» pas d’importance, c’est le mystère évoqué en fait par le visible et l’invisible, et qui peut être évoqué en droit par la pensée qui unit les «choses» dans l’ordre qui évoque le mystère.