Les réponses de Paul Gachet

Jurez de dire la vérité toute le vérité rien que la vérité autant que vous le pouvez. Levez la main droite et dites : je le jure. Doit on connaitre le mensonge pour dire la vérité? Le mensonge est loisible et nécessaire lorsque la vérité réclame quelque torture physique ou mentale. La vérité avec sa majuscule devrait toujours être citée entre guillemets. Est-il préférable de connaitre la vérité ou de la rechercher? Qui réclame la vérité ne devra pas s’en plaindre. Votre mémoire est-elle à vous? Ma mémoire personnelle est mensongère mais la mémoire collective encore bien plus. L’amour est-il le contraire de la haine? L’amour et la haine forment un mariage consanguin remontant loin dans la mythologie. La liberté existe t-elle? La liberté individuelle existe bien mais elle devient boiteuse dès qu’elle devient publique. Êtes-vous libre? Ça dépend pourquoi faire mais surtout de me fourvoyer. Le destin des pauvres est-il différent de celui des riches? Il est différent depuis le départ jusqu’à l’arrivée pour l’un la crevaison, pour l’autre les obsèques solennelles. Pensez-vous que nous avons chacun, un destin? Tragique comme glorieux, le mot destin nécessite un adjectif qualificatif pour lequel je ne possède pas assez d’ambitions. Le style, est ce «in vivo» ou «in ovo»? Comme une encre pouvant couler de MontBlanc le style aussi au stylo obéit. La magie est-elle une illusion? Le politique dira que oui et le mage que non. Sommes nous profonds? Plus que profonds nous serions plutôt creux ainsi pour connaître ma profondeur me creuserai-je encore. Le soleil est-il au fond de l’univers? Infiniment aucune chance pour que j’aille voir mais puisqu’il faut un fond les WC sont à gauche au fond du couloir. Les idées sont-elles des étoiles? De naître sous une étoile bonne ou mauvaise, quelle idée. Elle est strella, elle est estelle, aile est stella mais les tunes Estelle ! D’où vient le désir? Il est le rejeton d’hypothèses, il vient de la nécessité mais aussi du caprice, du tempérament des glandes, ou de l’imagination. La jouissance est-elle dangereuse? Ce n’est pas la jouissance qui est dangereuse mais son synonyme, la possession. On ne trouve l’autre que dans soi-même? Le je est un autre d’Arthur déjà devient un vieux poncif. Pour ma part j’ai bien peur que l’on ne le trouve jamais. Être humain, est-ce possible? Errare humanum est. C’est possible mais trop inconfortable. Une vie peut-elle transformer le monde? Ce serait plutôt l’inverse ou alors Albert Einstein. La mort est-elle l’ennemie de la vie? Les asticots vous répondront que non. Le mal peut-il être délicieux? Il peut être délicieux pour les masochistes mais surtout pour le prédateur. Es-tu un homme bon? Peut-être un peu meilleur que naguère? Penses-tu qu’on s’arrange avec le mal? On s’en arrange après avoir fini de le subir  et de l’avoir perpétré. L’univers est-il un chaos ou une chose soigneusement ordonnée? Pour que l’anarchie vive, VIVE L’ANARCHIE! Comment aimerais-tu en finir? Avec un bon mot. Laissez-moi encore un peu délirer. Ton plus beau souvenir d’extase? La dernière fois que m’ont exaucé les muses. De quelle couleur est la lumière? Bien que son spectre soit infini, on ne peut en percevoir que les couleurs de l’arc-en-ciel. Sur les lumières artificielles, nous resterons muets.

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Une contribution de Paul Gachet pour Le questionnaire de Möör, La revue des ondes.

 

Paul Gachet.                                                  (G…A…C…H…E…T)                               Comme se plaît à le dire cet exilé de la société de consommation doublé d’un jongleur de mots.                               N’est pas un poète ordinaire.                          Il nous ballade du texte le plus rude à la bluette et au quatrain léger, sans qu’il y paraisse, insensiblement, ou très sensiblement, nous voilà captifs d’une insolite prosodie.                                         De sa Croix- Rousse natale, il a gardé le goût du bouchon et de ce qu’il recèle, mais la Cevenne l’a conquis, enrichissant son imaginaire de lauzes, de bruyère, de châtaigne et de chêne vert (yeuse).                                             En un mot, son image : robuste et friable.                                                           Georges Pons                                            CCPP